LaCabra, de West en Ouest
- Damien Vasseur
- 22 janv.
- 3 min de lecture
Formation venue tout droit de Seattle, LaCabra a été accueilli par la M.J.C de Morlaix, le 10 octobre 2025, dans l’intimité de sa petite salle. Un concert brut et sans fioriture, où la proximité avec le public a renforcé l’impact d’un live intense.
Photos : Damien Vasseur
Texte : Damien Vasseur

De "Locistellar" à "LaCabra"
Formé en 2019 autour de Lance Neatherlin, Éric Snyder et Didier Almounzi, déjà forts d’une solide expérience de la scène, le groupe lance rapidement des auditions. Michael Anthony et Éric Weber sont retenus, donnant ainsi naissance à Locistellar.
En 2021, suite au départ de Didier Almounzi, l’un des fondateurs et batteur du groupe, Richie Sather rejoint la formation. Le groupe change alors de nom pour devenir LaCabra. Résistant à la période de la pandémie, LaCabra poursuit son chemin et se compose aujourd’hui de :
Lance Neatherlin (chant)
Éric Snyder (guitare/chant)
Éric Weber (basse)
Michael Anthony (guitare)
Richie Sather (batterie)
Un concert à taille Humaine
Lors de cette représentation, le public morlaisien était bien présent et pleinement réceptif, appréciant chaque instant de la performance de LaCabra. Attentif et impliqué, il s’est laissé porter par les riffs des musiciens, dans une ambiance lourde et immersive. L’univers sonore du groupe oscille entre un heavy metal puissant, des influences de black metal et un death metal mélodique maîtrisé.
Ce mélange, à la fois massif et harmonieux, forge une identité solide et cohérente, rappelant des groupes comme Carcass, Demolition Hammer ou encore certaines formations marquantes des débuts du Death Metal sur une époque Grunge. Sur scène, l’énergie déployée est communicative et sincère, renforçant le lien entre le groupe et un public clairement conquis.
Une prestation intense, portée par une audience présente et à l’écoute, confirmant la capacité de LaCabra à capter l’attention et à imposer son univers sans artifice.
Crédit: Bruno Guézennec
Autopsie d'une Amérique qui se fissure
Pour son premier album, LaCabra s’inscrit dans une démarche conceptuelle nourrie par certaines périodes clés du christianisme américain, envisagé non comme un dogme, mais comme un fait culturel et historique profondément enraciné dans la construction des États-Unis. Loin de toute provocation satanique ou d’imagerie antireligieuse simpliste, le groupe utilise ces références comme un prisme de lecture de la société américaine contemporaine.
À travers cette approche, LaCabra interroge les fractures sociales persistantes qui traversent le pays : inégalités économiques, exclusions, violences symboliques et perte progressive de l’humain au profit d’un système idéologique et marchand. Le christianisme, omniprésent dans l’histoire américaine, des mouvements revivalistes aux discours moralisateurs modernes, devient ici le témoin d’une société qui s’est construite sur des promesses de salut, mais qui a souvent laissé sur le bord de la route une partie de sa population. À cette réalité s’ajoute l’impact croissant des réseaux sociaux, qui accentuent la polarisation, renforcent les discours dogmatiques et participent à une mise en scène permanente des individus, transformant la foi, l’opinion et l’identité en outils de confrontation et de validation sociale.
L’album dresse ainsi le portrait d’une Amérique sombre et désenchantée, marquée par la tension permanente entre foi, pouvoir et contrôle social. La religion n’est ni condamnée ni glorifiée : elle est observée comme un outil ayant tour à tour fédéré, justifié et parfois légitimé des mécanismes de domination et de déshumanisation, désormais amplifiés par les logiques numériques. Les réseaux sociaux, loin de créer du lien, deviennent le prolongement contemporain de ces mécanismes, favorisant la simplification des discours, la radicalisation des points de vue et l’effacement progressif de la nuance. En filigrane, LaCabra dénonce l’image idéalisée de l’« American Dream », révélant ses zones d’ombre et ses contradictions historiques à l’ère du numérique.
Sans chercher l’esbroufe ni la provocation, ce premier album s’impose comme une œuvre dense et cohérente, où la musique devient un espace de réflexion autant que de tension. LaCabra livre une chronique lucide d’une Amérique en crise, encore marquée par son héritage religieux et culturel, et toujours en lutte avec ses propres démons.
En conclusion:
Le groupe a su, ce soir-là, conquérir le public breton à travers leur prestation. Pour certains, ce fut une véritable découverte. Avec leur premier opus, ils construisent leur identité à travers un death metal à la fois lourd, percutant et mélodieux, un retour aux bases du genre, enrichi d’une subtile touche de black metal. Tout en cohérence, sans excès ni jugement, mais simplement percutant.
Nous ne manquerons pas de vous annoncer prochainement leurs futures dates en France pour 2026.
Espérons que leur deuxième album sera dans cette continuité.
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Verry Nice