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Real Metal

Furies : plus de dix ans de metal, toujours les crocs dehors

Photos : Damien Vasseur

Texte et Interview: Damien Vasseur et Céline Deniau

À l'occasion du Tremblay Metal Fest, nous avons rencontré Guillaume Jockey (guitare) et « Zaza Bathory » alias Elizabeth Lavarenne (batterie), deux piliers de Furies. Depuis plus d'une décennie, la formation parisienne trace sa route sur la scène metal française, portée par une passion intacte et une identité musicale forgée à la croisée du heavy metal traditionnel, du thrash et d'influences plus modernes. Entre retour sur leur parcours, réflexion sur leur processus créatif et projets d'avenir, rencontre avec un groupe qui n'a jamais cessé d'évoluer.


Plus de dix ans de passion metal


Fondé en 2013, Furies a connu plusieurs incarnations au fil des années. Après des débuts marqués par une approche hard rock et heavy metal classique, le groupe affine progressivement son identité à travers un EP éponyme en 2015, la démo "Unleash The Furies" en 2017 puis son premier album, "Fortune's Gate", paru en 2020.

Comme beaucoup de formations indépendantes, Furies a traversé plusieurs changements de line-up au cours de son histoire. Après l'ère portée notamment par Lynda Basstarde au chant et à la basse, le groupe ouvre un nouveau chapitre avec l'arrivée de la chanteuse Cheyenne Janas et du guitariste Fred Bend en 2023. Cette période voit également passer dans ses rangs la bassiste Lucie Sue, dont le projet personnel connaît aujourd'hui une ascension remarquée sur la scène metal française. Un parcours qui illustre aussi la capacité de Furies à attirer et faire évoluer des musiciens talentueux au fil des années. Désormais complété par Chris Vanguard à la basse, le quintette semble avoir trouvé un nouvel équilibre artistique.

Les récents singles "Stars of Burning Lands", "Furry Tale" et "Cannibale" témoignent de cette dynamique. Pourtant, Zaza Bathory nuance l'idée d'une actualité particulièrement chargée :

"La période active a surtout eu lieu avant la sortie des singles. Aujourd'hui, on est davantage concentrés sur les concerts et la scène."

Une priorité logique pour un groupe qui multiplie les apparitions sur les festivals et les scènes françaises depuis plusieurs années.


Une création collective autour d'un noyau dur


Si Furies fonctionne aujourd'hui comme une véritable entité collective, Guillaume Jockey demeure le principal compositeur du groupe.

La plupart des morceaux naissent d'abord sous sa plume, avec des structures déjà largement avancées, avant d'être retravaillés collectivement lors des répétitions. Guillaume estime ainsi être à l'origine d'environ trois quarts du répertoire, avant que le reste du groupe n'intervienne pour façonner les arrangements et affiner chaque morceau.

"En général, j'amène les compositions aux trois quarts finies avec les mélodies, les guitares, etc... Après on se concerte évidemment pour finaliser les arrangements, les parties de chant, les lignes mélodiques principales."

L'arrivée de Fred Bend a cependant apporté une nouvelle énergie au processus créatif.

"Depuis l'arrivée du nouveau line-up en 2023, Fred apporte lui aussi beaucoup d'idées. "Cannibale", par exemple, est un morceau qu'il a entièrement écrit. Son arrivée nous a permis d'enrichir encore davantage le processus de composition."

Une évolution qui élargit encore le champ des possibles pour le groupe.


"Cannibale" : du riff à la critique des relations toxiques


Parmi les titres récents de Furies, "Cannibale" est sans doute celui qui a le plus fait parler de lui. Le morceau est né de manière assez spontanée, à partir d'un riff composé par Fred Bend dont la sonorité évoquait naturellement le mot "cannibale".


Le titre a ensuite été développé dans le cadre de la compilation Metal Lourd, qui souhaitait réunir des morceaux interprétés en français. Si l'anglais demeure la langue de prédilection du groupe, notamment parce qu'elle reste intimement liée à l'histoire du heavy metal, l'exercice a séduit les musiciens.


Mais au-delà de son titre accrocheur et de son esthétique volontairement outrancière, "Cannibale" véhicule également un propos plus profond.

"Cette idée s'est développée à force de parler de l'idée de cannibale", explique Guillaume. "À un moment on s'est dit qu'il faudrait justifier cette violence. Et justement on a eu cette idée : Si on mettait en scène Cheyenne dans une relation toxique. Son mari serait un énorme crétin violent et sordide. Finalement, la violence conjugale pouvait devenir le motif qui justifie l'effusion de sang."

Le clip assume pleinement ses références au cinéma d'exploitation et aux productions de série B, mais sans jamais perdre de vue le message qu'il souhaite transmettre.

"On ne voulait pas forcément faire du gore pour faire du gore", précise Zaza Bathory. "Il fallait suggérer un message un peu plus profond que ça. Après, faire du gore série B, série Z même, ça nous éclate, donc on a essayé de trouver un juste milieu pour faire émerger ce sujet sans faire trop de pathos non plus."

Un équilibre subtil qui permet au groupe de traiter un sujet grave tout en conservant son goût pour

l'humour et l'autodérision.


Entre Les Guerriers de la Nuit, le thrash et le heavy mélodique


Lorsque la discussion s'oriente vers les influences du groupe, les réponses dessinent un portrait particulièrement riche.

Pour Zaza Bathory, l'une des références fondatrices est avant tout cinématographique.

"Le nom du groupe m'est venu après avoir vu The Warriors (Les Guerriers de la Nuit). C'est un super film, avec une bande-son incroyable. Ça parle des guerres de gangs dans le New York de la fin des années 70. Il y a un gang qui s'appelle les Furies, maquillés un peu à la Kiss. Ils sont ultra flippants."

Le nom coche alors toutes les cases recherchées : une référence cinématographique forte, une sonorité qui fonctionne aussi bien en anglais qu'en français et une identité immédiatement mémorable.

Musicalement, Furies refuse de se laisser enfermer dans une seule chapelle.

"On essaie de faire un croisement entre du heavy metal traditionnel mais avec d'autres apports, notamment du thrash", explique Guillaume.

Zaza Bathory revendique volontiers son affection pour le thrash metal tandis que Guillaume puise davantage dans le heavy mélodique et le speed metal des années 1990.

"Je suis un énorme fan d'Angra et de Symphony X. On essaie aussi d'amener une petite touche progressive et technique qui vient parfois du metal extrême. On essaie de faire quelque chose qui ne soit pas uniquement du heavy traditionnel mais plutôt à la croisée de tous ces chemins."

Une définition qui résume probablement le mieux la personnalité musicale actuelle de Furies.


Jouer partout, tout simplement


Après avoir foulé la scène du Hellfest en 2025, certains groupes pourraient être tentés de devenir plus sélectifs dans leurs apparitions. Chez Furies, la philosophie reste inchangée.

"Tous les festivals metal en France sont nos cibles", affirme Zaza Bathory. "On fait ce groupe parce qu'on est fan de cette musique et que l'idée est de la partager avec tous les fans de metal."

Au fil de la conversation, Guillaume évoque également son attachement personnel à la Bretagne, où vivent ses racines familiales, tandis que les autres membres plaisantent sur leurs précédents passages dans la région.


Mais derrière les sourires, le message est clair : l'essentiel reste de monter sur scène.

"Dès qu'on peut jouer, on joue", résume Zaza Bathory.

"Il y a des rencontres. C'est ça qu'on aime. Partager, rencontrer des gens nouveaux qui sont comme nous ou différents mais qui aiment la même musique."


Cet attachement au public ne s'arrête d'ailleurs pas au moment où les amplis s'éteignent. Les membres de Furies prennent régulièrement le temps de tenir leur stand de merchandising après les concerts, d'échanger avec les spectateurs ou encore de se prêter volontiers aux photos et discussions improvisées. Une proximité qui participe largement à l'image chaleureuse du groupe.


Quel morceau pour découvrir Furies ?


À la question du morceau à conseiller à quelqu'un qui découvrirait Furies aujourd'hui, les réponses arrivent immédiatement.

Pour Zaza Bathory, "Stars of Burning Lands" constitue sans doute la meilleure porte d'entrée dans l'univers du groupe.

Guillaume cite quant à lui "Furry Tale", tout en reconnaissant que le morceau est peut-être un peu moins immédiat pour un auditeur novice.

Deux titres qui reflètent parfaitement les différentes facettes de cette nouvelle incarnation de Furies.


Conquérir le monde... et finir l'album


Et la suite ?

"Conquérir le monde !" lance immédiatement Zaza Bathory dans un éclat de rire.

"Et adopter beaucoup de chats !"

Derrière la plaisanterie se cache néanmoins un objectif très concret : finaliser le prochain album du groupe.

"Il est pratiquement terminé", confirme Guillaume.

"Il ne reste plus grand-chose à faire", poursuit Zaza Bathory. "Ça devrait être pour cette année. Mais on évite désormais de donner des dates trop précises parce qu'on les repousse régulièrement."

La batteuse assume totalement cette approche : le groupe préfère prendre le temps nécessaire pour finaliser l'album plutôt que de se fixer des objectifs irréalistes.

"Nous ne sommes pas un énorme groupe que tout le monde attend au tournant", explique-t-elle. "On a la chance de pouvoir travailler sans pression particulière et Fireflash Records ne nous impose pas de calendrier rigide."


Une liberté précieuse qui permet à Furies de privilégier la qualité plutôt que la précipitation.

Cette sérénité reflète aussi la réalité d'un groupe indépendant dont les membres poursuivent tous une activité professionnelle en parallèle.

"Nous travaillons tous dans la musique, mais on ne vit pas de Furies", rappelle Zaza Bathory.

Cheyenne Janas fait figure d'exception puisqu'elle est la seule à vivre pleinement de son activité artistique et de la scène. Pour les autres membres, Furies demeure avant tout une aventure passionnée menée en parallèle de leurs métiers respectifs, ce qui explique également le rythme mesuré auquel le groupe construit ses projets.


Une histoire qui continue de s'écrire


Après plus de dix ans d'existence, plusieurs changements de line-up et une évolution musicale constante, Furies continue pourtant d'avancer avec la même passion. Le groupe a traversé les années sans jamais céder aux effets de mode, préférant construire patiemment son identité à travers les concerts, les rencontres et une vision sincère du heavy metal.

L'arrivée de Cheyenne Janas, Fred Bend puis Chris Vanguard a ouvert un nouveau chapitre qui semble aujourd'hui porter ses fruits. Les récents singles témoignent d'une formation qui assume pleinement ses racines tout en continuant d'explorer de nouvelles directions, qu'il s'agisse d'élargir ses influences ou d'aborder des thématiques plus ambitieuses.


À l'heure où un nouvel album se profile enfin à l'horizon, Furies apparaît plus déterminé que jamais à poursuivre sa route. Sans précipitation, sans artifices, mais avec la même envie de partager sa musique partout où des passionnés de metal sont prêts à tendre l'oreille.

Et à voir l'enthousiasme communicatif de Guillaume Jockey et de Zaz Bathory lors de cette rencontre, il y a fort à parier que les prochaines années seront encore riches en riffs, en mélodies, en scènes conquises et en nouvelles histoires à raconter.

Fred Bend, Chris Vanguard, Zaza Bathory, Cheyenne Janas, Guillaume Jockey. Groupe complet "Furies"

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vous pouvez retrouver les réseaux du groupe Furies via les liens ci dessous.

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