top of page

Real Metal

Ger Metal Fest 2026 (1ère édition)

Photos : Damien Vasseur

Texte : Céline Deniau et Damien Vasseur

Ger Metal Fest (Heaven's Colt)

Le 28 février dernier, Ger a vibré au rythme des guitares saturées et des riffs acérés à l’occasion de la toute première édition du Ger Metal Fest pour une soirée placée sous le signe de la passion et de la générosité.


Le dernier samedi de février, la commune de Ger dans la Manche, accueillait un nouvel événement dédié au métal et au rock underground : le Ger Metal Fest. Pour cette première édition, l’organisation menée par Heaven’s Colt Wild Production avait réuni quatre formations aux identités bien distinctes mais complémentaires, offrant au public une soirée riche en énergie et en découvertes.

De l’ouverture progressive assurée par les Rennais de Keplair jusqu’à la conclusion explosive d’Amzera, en passant par le heavy rock rassembleur de Back Jack et l’univers pirate et décalé de Heaven’s Colt, le festival a proposé un véritable panorama de la scène metal indépendante actuelle. Plus qu’une simple succession de concerts, cette première édition a surtout mis en avant des valeurs de proximité, de partage et de passion, portées aussi bien par les artistes que par un public rapidement embarqué dans l’ambiance.



Keplair : une entrée en matière progressive et maîtrisée


Premier groupe à ouvrir cette première édition du Ger Metal Fest, Keplair avait la lourde responsabilité d'inaugurer la soirée devant un public encore en train de prendre ses marques. Une mission assurée avec sérieux par cette jeune formation de Rennes, fondée en mars 2023 par deux frères désireux de lancer leur propre projet.


À l'origine de l'aventure, Jérôme au chant et Sébastien à la guitare, pricipal compositeur du groupe, posent les bases d'un univers musical personnel et ambitieux. Faute de batteur à leurs débuts, les musiciens de Keplair s'appuient alors sur la MAO (Musique Assistée par l'Ordinateur) pour élaborer les parties rythmiques et structurer leurs premières compositions. Une contrainte technique qui ne freine pourtant pas leur dynamique créative. Dès leur première année d'existence, le groupe compose pas moins de onze morceaux originaux et commence rapidement à défendre ses titres sur scène lors de plusieurs concerts.


Le projet prend véritablement son envol en 2024, année charnière pour la formation. Keplair enchaîne alors une vingtaine de dates principalement à Rennes, mais également dans le Finistère, le Maine-et-Loire et la Loire-Atlantique. Cette montée en puissance s'accompagne de la sortie d'un premier EP trois titres, venant concrétiser leur travail de composition.

Musicalement, Keplair se définit comme un projet hybride mêlant rock, groove et heavy metal. Une

identité qui traduit bien leur volonté de combiner efficacité rythmique, riffs appuyés et structures modernes. Le groupe revendique des influences aussi solides qu'Iron Maiden, Pantera, System Of A Down ou encore Lamb Of God, perceptibles dans l'équilibre entre puissance, mélodie et impact.


Cette base musicale sert des compositions personnelles aux thématiques larges et résolument actuelles. Keplair aborde aussi bien des sujets liés à l'espace, à l'environnement, aux enjeux sociétaux, à la géopolitique ou aux problématiques internationales (avec notamment des réferences à l'Ukraine) que des thèmes plus intimes liés à un quotidien parfois difficile. Malgré cette diversité de sujets, parfois sombres ou complexes, le groupe conserve une ligne directrice claire : insuffler une forme d'espoir à travers ses textes.


Côté line-up, la formatin connaît également plusieurs évolutions. Lors du Ger Metal Fest, Guillaume occupait encore le poste de batteur avant son départ prochain, déjà anticipé avec l'arrivée annoncée de Noah. À la basse, l'habituel Côme était absent ce soir-là, retenu sur un autre concert avec Death Council, groupe dans lequel il officie derrière les fûts. Arrivé au sein de Keplair en 2025, il a rejoint la formation après le départ de Raphaël, contraint de quitter le groupe pour des raisons professionnelles. Dans l'ombre, Jérémy accompagne quant à lui le groupe au poste de technicien son.


Le groupe franchissait également un nouveau cap autour de cette date avec l'enregistrement d'un single et la réalisation de son premier clip, tourné la semaine précédent le festival lors d'une résidence au studio Aubin d'son à St Aubin des Châteaux (44). Une étape importante dans la structuration du projet, alors qu'une dizaine de dates étaient déjà programmées en 2025, principalement dans le Grand Ouest.


Pour lancer cette soirée, Keplair a choisi une approche mesurée, installant progressivement son univers sans chercher l'effet immédiat. Une ouverture de soirée en douceur, mais loin d'être effacée, qui a permis au public de découvrir un projet déjà bien construit malgré sa jeunesse. Sérieux dans son exécution et cohérent dans sa proposition, le groupe a posé les premières fondations d'une soirée qui allait monter en intensité au fil des passages.


Le public a ainsi pu découvrir plusieurs titres de leur répertoire avec "Hybride", "Aldebaran", "Présumé", "Apostasie", "Alpha", "Exilé" et "Slava". Une setlist révélatrice de leur identité : moderne, engagée et solidement ancrée dans un metal accessible mais réfléchi.


Avec cette première prestation, Keplair confirme son statut de jeune groupe prometteur de la scène rennaise et affiche déjà une vision artistique claire, portée par une ambition palpable. Avec plusieurs nouvelles dates déjà programmées dans les mois à venir, Keplair semble désormais bien décidé à poursuivre son développement au-delà des terres bretonnes. Entre concerts dans le Grand Ouest, le 20/06 pour la fête de la musique à Ponchâteau (44), le 27/06 pour la fête de la St-Jean à Trentemoult Reze (44), le 15/08 à l'Hypodrôme à Pontivy (56) et une date déjà annoncée à Paris le 29/08 au QG Oberkampf, le groupe continue de faire grandir son projet à mesure que les opportunités se multiplient.



Back Jack : énergie communicative et hard rock fédérateur



Deuxième formation à investir la scène du Ger Metal Fest, Back Jack n'a pas mis longtemps à réveiller une salle déjà bien chauffée. Fondé dans la région nantaise en mars 2022 sous sa forme actuelle, même si son histoire remonte bien plus loin à l'époque où il officiait sous le nom improbable de "Jack In The Ass" avec un répertoire exclusivement composé de reprises, le groupe a depuis pris un nouveau virage en développant ses propres compositions.


Après une introduction instrumentale efficace, les Nantais enchaînent avec des titres tels que "No Tomorrow ?" ou "The Real Life", donnant immédiatement le ton d'un set heavy rock énergique et fédérateur. Porté par Damien, chanteur à la formation classique, Back Jack déploie un univers mélodique solide, entre héritage New Wave Of British Heavy Metal, hard rock traditionnel et touches plus power metal. Une identité nourrie par des influences aussi variées qu'Iron Maiden, Helloween, Led Zeppelin, le stoner ou encore le blues, qui transparaissent dans des compositions accrocheuses et bien structurées.


Avec "Deeply Sensual", "Today Never Dies" ou encore "In Hell You Burn", le groupe déroule une partie de son premier album "Certainly In Neverland", sorti en novembre 2025. Si l'ensemble du set mise avant tout sur l'énergie et l'efficacité, Back Jack sait aussi casser le rythme en glissant une ballade bienvenue, offrant un moment plus posé et mélodique avant de repartir de plus belle.


Chaque morceau raconte sa propre histoire : expérience de mort imminente sur "No Tomorrow ?", invitation à profiter pleinement de l'instant présent sur "Today Never Dies", ou critique des régimes autoritaires inspirée de Orwell sur "Your Peace Of War". Une approche thématique qui donne de la consistance à leur musique sans sacrifier l'efficacité live.

Sur scène, le line-up (Stéphane bassiste, Damien chanteur, Éric et Thierry guitaristes, Philippe batteur, épaulés par Maryse aux choeurs et Yannick au son) affiche une belle cohésion. Habitués à une douzaine de dates annuelles et capables de tenir un set de deux heures mêlant reprises et compositions, les musiciens affichent une belle aisance scénique. Leur plaisir d'être ensemble est palpable, et cette bonne énergie finit par contaminer rapidement le public qui se laisse embarquer par ce heavy rock généreux et sincère.


Habitué des scènes régionales, Back Jack poursuivra d’ailleurs sa route dans les prochains mois avec plusieurs dates déjà programmées, notamment du côté de St Crespin sur Moine (49) le 26/06 pour la fête de la musique, à Gorges (44) le 29/08 pour la soirée festive du Féerie's Team et le 5/09 à Mouzillon (44) pour le festival Rock Land, confirmant la volonté du groupe de défendre "Certainly In Neverland" sur scène aussi régulièrement que possible.


Demi-finaliste du tremplin du festival de Poupet parmi 87 groupes en lice, Back Jack confirme ici qu'il ne se contente pas d'être un simple groupe de scène régional. Une prestation solide, qui aura largement contribué à maintenir l'intensité de cette première édition du Ger Metal Fest.





Heaven's Colt : le pirate solitaire aux commandes du Ger Metal Fest


Impossible d'évoquer le Ger Metal Fest sans parler de son organisateur, mais aussi de l'un de ses artistes les plus atypiques : Heaven's Colt. Fondé en juin 2006 à Châtellerault dans la Vienne, le projet est né d'une envie simple mais efficace : faire un rock énergique et sans compromis après le choc ressenti par Nico, le chanteur guitariste, lors d'un concert donné pour la Fête de la Musique.


Depuis près de vingt ans, Heaven's Colt développe un univers bien à lui, mêmant hard rock, rock'n'roll et imagerie pirate assumée. À la tête du navire, Nico le Pirate, seul membre humain du groupe sur cette date, assure guitare et chant entouré sur scène d'Albert, fidèle squelette à la batterie, et de Ryper à la basse, deux mannequins venant compléter l'esthétique décalée du projet tandis qu'un ordinateur prend en charge les parties rythmiques. Un concept singulier né d'une contrainte (le départ de ses anciens acolytes musiciens) mais qui reflète parfaitement l'esprit libre de son créateur.


Musicalement, Heaven's Colt puise son énergie dans des références aussi variées que Motörhead, AC/DC (Angus Young ayant largement inspiré Nico à prendre une guitare) mais aussi John Lee Hooker, Georges Brassens, Jacques Brel et même la musique classique écoutée à fort volume. Une diversité d'influences qui nourrit un projet hors format, évoluant volontairement en autoproduction afin de conserver une totale liberté artistique.


Cette indépendance revendiquée se retrouve dans une discographie déjà bien fournie avec "Rien à Foutre" (2009), l'EP "Labour du Vice" (2013), "Simple Efficace" (2018), "Solide Comme le Métal" (2020) puis "Lord Kraken" (2024). Le groupe affiche églement plus de 400 concerts à son actif, ayant écumé les scènes françaises mais aussi européennes, jusqu'à pousser l'aventure en Russie.


L'univers pirate n'est ici pas qu'un simple gimmick visuel : il représente un véritable état d'esprit. En incarnant ce personnage, Nico cherche avant tout à préserver son âme d'enfant et laisser libre cours à sa créativité, considérant cette liberté comme l'essence même de la démarche artistique.


Mais Heaven's Colt dépasse largement le cadre musical. Investi dans le développement de la scène indépendante, Nico s'est également imposé comme organisateur de festivals. Après avoir lancé Scèn'ergie en janvier 2022, puis Vent du Rock en Vendée, il fonde ensuite Heaven's Colt Wild Production afin de créer se propres opportunités de concerts er soutenir les groupes émergents. Son premier festival sous cette bannière a vu le jour en septembre 2025 et ce premier Ger Metal Fest constituait déjà sa huitième organisation.

L'aventure se poursuit à un rythme soutenu avec plusieurs rendez-vous déjà programmés : Agri Cult Fest le 13 juin à Pipriac (35), Ger Metal Fest II le 27 juin à Ger (50), Bourgogne Metal Fest le 11 juillet à Montpont-en-Bresse (71) ainsi que Pipriac Metal Fest III le 25 juillet. Côté studio, Nico entre dès le 21 mai à Toulouse au Heavy Music Records Studio afin d'enregistrer un nouvel EP.


Troisième groupe à fouler les planches ce soir-là, Heaven's Colt a offert un set à l'image de son univers : généreux, spontané et fédérateur. Seul maître à bord, Nico n'a pas tardé à abolir la frontière entre scène et public en descendant jouer directement au milieu des spectateurs. Entre riffs rock'n'roll et refrains accrocheurs, l'artiste a rapidement tranformé son concert en véritable moment de proximité.


Toujours dans cette volonté de partage, plusieurs enfants ainsi que quelques festivaliers ont été invités à monter sur scène pour participer au show dans une ambiance bon enfant et résolument conviviale. Même notre photographe Damien Vasseur s'est retrouvé embarqué dans l'aventure, convié sur scène pour immortaliser l'événement au plus près de l'action.

Avec une setlist composée de "Wild for Love", "Flirt avec la Dynamite", "Soul Smuggler", "Soif de Liberté", "Lord Kraken", "L'Amour Noir", "Crawl Mermaid", "The Treasure of the Jungle" et "Bad Boy Rock'n'Roll", Heaven's Colt a livré une prestation fidèle à son ADN, sans filtre, sans artifice inutile et entièrement tournée vers le plaisir du live. Une performance sincère et généreuse qui résume finalement assez bien l'esprit du projet comme celui du festival : passion, indépendance et proximité avec le public.






Amzera : clôture sous haute intensité/chaos final en terre normande


Pour clôturer cette première édition du Ger Metal Fest, c'est le trio breton Amzera qui se charge de porter l'estocade finale avec son thrash/death metal old school chanté en français. Fondé en 2009 à Saint-Brieuc, le groupe a connu plusieurs évolutions de line-up avant de trouver sa stabilité en 2018 autour de Julien (basse et chant), Franck (batterie) et un deuxième Julien (guitare). D'abord instrumental à ses débuts, Amzera a ensuite intégré un chanteur avant d'évoluer vers sa formule actuelle, plus directe, plus rugueuse et parfaitement adaptée à l'intensité de son univers.

Dès l'introduction, l'ambiance change clairement de registre. Là où les groupes précédents misaient sur le heavy metal classique ou le hard rock, les Bretons viennent asséner une véritable déferlante de riffs tranchants et de rythmiques épaisses héritées du metal extrême des années 90 et 2000. Les influences de Pantera, Sepultura, Metallica, Slayer, Death ou encore Cannibal Corpse sautent immédiatement aux oreilles, tout comme l'héritage du metal français façon Loudblast. Le résultat : un son abrasif, old school et sans détour qui privilégie l'impact immédiat plutôt que la démonstration technique.


Le trio déroule un set particulièrement dense avec "Le Guerrier", "Je Hurle", "Massacre", "Limbes", "Vague Infernale" ou encore "Le Règne du Chaos" sans oublier une reprise de "Witching Hour" de Venom, parfaitement dans l'esprit de leur univers. Le morceau "Amzer" rappelle d'ailleurs l'origine même du nom du groupe, qui signifie "le temps" en breton. Entre deux rafales de blast et de riffs lourds, ils glissent également un inédit, preuve qu'Amzera regarde déjà vers la suite malgré une écriture volontairement réfléchie et patiente.

Les textes, eux, ont progressivement évolué au fil des années. Si les premières compositions s'orientaient surtout vers des thématiques guerrières et religieuses, les morceaux plus récents abordent davantage le sens de la vie ou des questionnements psychologiques. Une évolution qui apporte plus de profondeur à leur musique sans faire perdre au groupe son agressivité naturelle.


Sur scène, difficile de quitter des yeux Julien le bassiste/chanteur. Torse nu, constamment en mouvement, souvent plié en deux au-dessus de sa basse, il livre une prestation physique intense qui participe largement à l'impact du concert. Son chant guttural, brut et éraillé, renforce encore l'aspect viscéral des morceaux pendant que Franck martèle sa batterie sans relâche et que Julien et sa guitare déroulent des riffs massifs. Malgré cette violence sonore assumée, Amzera dégage aussi une sincérité et une bonne humeur communicatives. Les musiciens rappellent volontiers que leur moteur principal reste avant tout l'amour de la scène, du partage et du plaisir de jouer ensemble.


Le Ger Metal Fest constituait seulement leur troisième date de l'année mais cela ne s'est absolument pas ressenti tant le trio semblait à l'aise et déterminé à finir la soirée sur une note intense. Habitué des événements underground bretons, avec notamment des passages au Kreiz Y Fest en 2023, au Heavy Metal Breizh et au Guit Armor Fest en 2024, Amzera confirme ici sa capacité à défendre un metal extrême authentique et sans artifices.

Après deux EP sortis respectivement en 2015 et 2018, le groupe poursuit son chemin avec sérieux et indépendance grâce à l'enregistrement en 2024 au studio La Licorne Rouge à Rennes de son album autoproduit sobrement intitulé "MMXXVI". Et à en croire les trois musiciens, de nouvelles compositions devraient voir le jour courant 2026 pour une future sortie envisagée en 2027.

Une perspective prometteuse pour un groupe qui a parfaitement su conclure cette édition du Ger Metal Fest dans la sueur, les riffs et une brutalité aussi efficace que sincère.



Conclusion


Au terme de cette soirée, le Ger Metal Fest laisse surtout l’image d’un événement construit avec passion, sincérité et une vraie volonté de mettre en avant la scène indépendante. Loin des grosses productions standardisées, cette première édition a privilégié la proximité, les échanges humains et le plaisir simple du live, aussi bien sur scène que dans le public.


Au-delà de l’aspect musical, ce type d’initiative rappelle également combien il est important de faire vivre la culture dans les petites communes rurales. Voir un festival metal prendre place à Ger montre que ces villages peuvent eux aussi devenir des lieux de rencontres, de découvertes et d’expression artistique. Dans des territoires où les propositions culturelles se raréfient parfois, ces événements jouent un rôle essentiel en créant du lien social tout en offrant une visibilité précieuse aux groupes émergents et aux acteurs de la scène underground.


Grâce à l’implication de Heaven’s Colt Wild Production, des bénévoles et des artistes présents ce soir-là, cette première édition a donc posé des bases solides et une identité déjà bien affirmée. Et l’aventure ne fait que commencer puisque le Ger Metal Fest reviendra dès le 27 juin pour une deuxième édition, avec l’ambition de continuer à faire vibrer la campagne normande au son du metal et du rock indépendant. Vous pouvez encore réserver votre place sur :





Commentaires


bottom of page